Tandis que je marchais dans la rue, je reçus un SMS de ma compagne, m’informant qu’elle rentrait plus tôt que prévu. Aussitôt, m’arrêtant au bord du trottoir, je pianotais spontanément pour lui répondre : « cool ».
Je levais les yeux, m'apprêtant à traverser, et un camion passa sous mon nez. Me vint alors cette réflexion bête : si j’avais continué ma marche et que, distraitement, les yeux rivés sur le petit terminal tyrannique et bavard, je m'étais fait écraser par ce véhicule, mes dernières paroles, ou mon dernier mot lâché sur cette planète, auraient été : « cool ».
Cette pensée, en cette heure d’abattement post-laborium, me tint une trentaine de secondes. Je me demandais si tout ceci aurait été bien justifié, si cela aurait éclairé mon passage ici-bas d'une lumière nouvelle. Etais-je, finalement, quelqu'un du genre à dire, au moment de trépasser : "cool". Par exemple, quand on me dit : viens participer à un apéro géant avec des milliers de personnes, j'ai plutôt le reflexe de répondre : sans façon, je n'aime pas les gens. J'imaginais aussitôt mon épitaphe, dans un petit jardin coincé entre une sandwicherie et un taxiphone :
Exilé sur le sol au milieu de la foule
Il partit dignement en lâchant le mot : cool.
Ou pire, incinéré, ces quatre lettres simplement ciselées sur l'urne posée à côté de la chaine hifi :
Peut-être est-ce approprié pour un anglophone, finalement. Par exemple, le démineur américain, s'apercevant qu'en fin de compte il n'a pas réussi à désactiver l'explosif devant ses yeux, murmure-t-il avec raison : it's not cool.
Shakespeare lui-même, sur son lit de mort, sentant ses mains roides froides, aurait pu fort logiquement susurrer : "my hands are... cool".
Aussitôt, je me m'interrogeais sur ces fameuses dernières paroles à préparer, ne voulant pas, le moment fatidique, hasarder quelque chose d'inadéquat. Sans doute est-il temps de dire en tout lieu : "parfait", au lieu de "cool".
L'épitaphe qui en résulte, en effet, a meilleure allure :
Exilé sur le sol, pas d'autre résumé
Que son ultime mot pour le peindre : parfait.
L'embêtant est que ce dernier mot est difficile à placer. A moins de le répéter en boucle, à longueur de journée, on n'y arrive pas, et on passe pour un original. La fin est toujours triviale. La Traviata meurt en faisant : atchoum. Le nain mal guillotiné nous quitte en disant : ça y est ? Le général Cambronne, comme à son habitude, trépasse en clamant : merde ! Pour le taiseux, le discret, l'ombrageux, qui ne pipent mot, on doit remonter de longues années en arrière afin de trouver une dernière parole, sans doute à la question "Veux-tu encore des petits pois ?" (quand quelqu'un s'intéressait encore à le servir en rabiot), la réponse : "non". Quant au muet, qui n'a absolument rien dit de toute sa vie, quelle affligeant, voire redondant dernier terme, pour disparaitre : rien !
(un petit extrait des Monty Python pour terminer : the Castle of Aaargh...)

"preum's" : ça fait pas tellement dernière parole.
RépondreSupprimerHé ! J'ai trouvé ! Faut utiliser les commentaires de google et la vérification des mots.
RépondreSupprimerLà, il faudra que je tape "loces". C'est bien, non ?
Le texto m'a tuer !
RépondreSupprimerSMS, SS !
RépondreSupprimerBonjour Balmeyer,
RépondreSupprimerC'est la première fois que je laisse un commentaire, mais ça fait un moment que je navigue dans votre blog, avec délice.
Je me permets d'intervenir ici, simplement parce qu'il se trouve que j'ai lu (dans Au Bonheur des Mots) un florilège de dernières paroles, du banalement émouvant ("maman!") au nettement plus classe ("mehr licht" - Goethe), mais aussi d'épitaphes, dont deux en particulier, méritent d'être largement diffusées.
Ainsi, un admirable inconnu a t-il fait inscrire sur sa dernière demeure les mots suivants : "je vous l'avais bien dit que j'étais malade".
Tandis qu'un autre, plus lapidairement a conclu son séjour ici bas par ces mots : "eh bien, je m'en souviendrai de cette planète".
RIP.
Les gens aux derniers mots célèbres sont souvent ceux qui ont eu le temps de voir venir la mort - typiquement, les guillotinés de la Révolution (montre ma tête au peuple", "Encore un moment, monsieur le bourreau"...) Si j'ai ce choix-là, j'aimerais assez que mes derniers mots soient des mots d'amour, mais le Faucheur arrive parfois sans prévenir.
RépondreSupprimerNicolas : jamais un preum's ne fut aussi approprié ! Bravo.
RépondreSupprimerarf : ah ah, bien vu !
Nicolas 2 : ne stigmatise pas les textes de courtes tailles, s'il te plait.
Fantômette : merci pour votre commentaire. "je vous l'avais bien dit que j'étais malade". Fabuleux ! J'aurais bien aimé trouvé un truc comme ça.
Anna : merci aussi. Anna vous dites "le Faucheur" ? Moi j'aurais plutôt dit "la Faucheuse", misogynie mise à part. ;-)
Désormais, nous attendons avec moins d'impatience la publication de tes notes intimes.
RépondreSupprimer(les vingt premières lignes de ton billet sont parfaites ; pardon pour cet éloge assassin...)
mtislav : merci pour l'assassinat ! oui, c'est intéressant d'essayer d'être plus régulier, après avoir épuisé toutes les formes de non-publication ! :)
RépondreSupprimer"Le sage avait raison...;-)
RépondreSupprimerPlus sérieusement, je dis "Le Faucheur" en référence à ma Mort préférée, celle du Disque-Monde de Terry Pratchett, Mort qui se trouve être un squelette avec une faux, mais mâle, qui qui "parle" COMME ÇA.
Francis Blanche aurait dit à la religieuse qui lui proposait de prier avec lui sur son lit de mort : "Je suis athée, comme la tasse !"
RépondreSupprimerPas mal, non ?
Lu à l'arrière d'un camion : "Don't follow me I'm lost". Ca pourrait être pas mal comme derniers mots...
RépondreSupprimerLe dernier mot des accidentés de la route, je parie que c'est, une fois sur deux au moins "ah, le con!"
RépondreSupprimerSophie: c'est joli...
Sinon, c'est plutôt une fin heureuse, trépasser en écrivant "cool". J'aimerais bien mourir ainsi.
lapin, lapin ! cachottier... tu ne nous as pas parlé du bonbon à double effet : Kiss cool !
RépondreSupprimer(tu voulais les garder pour toi ?) voici, je révèle donc au monde ce qui t'a permis de t'en sortir :
http://www.youtube.com/watch?v=SVHEa8qpSf8
(je ne sais toujours pas utiliser les balises HTML serait-ce comme ça ?
effet kiss cool, lapin, lapin
RépondreSupprimerBonjour Balmeyer.
RépondreSupprimerJe suis très attentif à votre "fascination" pour les espaces confinés, très étroits, les espaces clos : "camion", "petit terminal", "petit jardin", "sandwicherie", "taxiphone", "urne", et en même temps très sensible au fait que vous me fassiez (sou)rire et réfléchir, bref que vous agrandissiez les espaces.
Cordialement.
Anna : ah d'accord !
RépondreSupprimerLa Chose : un dernier calembour, c'est courageux !
Sophie : oui, c'est bien vu ! J'aime beaucoup. Il faudrait que j'ai une voiture rien que pour ça ! :)
Suzanne : j'ai oublié de dire que ça peut convenir aux usagers du Titanic : "coule". (je suis désolé, je n'ai pas le feu sacré aujourd'hui...)
Lucia : tu t'es organisée un apéro géant chez toi, là ? :)
Monsieur Borhen : merci pour cette remarque attentive ! Je n'avais jamais fait attention à ça. Un jour, Dorham m'a fait une remarque similaire, m'indiquant ma manie à utiliser systématiquement l'imagerie soviétique dans des situations où je voulais "exagérer". C'est vraiment amusant d'avoir ce type de retours ! C'est flatteur, et ça pointe aussi des tics.
Bon, j'ai tout lu, en quête de mes dernières paroles, mais finalement le choix est large, me voilà bien embêté! Tu as prévu quelque chose pour le type qui hésite, au dernier moment?
RépondreSupprimerJe découvre votre blog. J'adore...
RépondreSupprimerJe ne sais pas quoi dire d'intelligent, argh a dit.
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